Il arrive rarement qu’un journaliste personnalise un article malgré toute la modestie que demande cette profession. C’est le cas aujourd’hui… Régulièrement, je prenais de ses nouvelles par téléphone et la première question qui me revenait à l’esprit, comme un réflexe ordinaire, était de savoir le lieu où il se trouvait. Et la réponse m’était toujours donnée avec une voix calme, pleine d’optimisme et d’humour : «Je suis, pour le moment, dans ma seconde maison.»
Il y a trois semaines environ, il était donc à l’hôpital, «mais pas pour longtemps», m’a- t-il dit pour me réconforter. Et cette fois-ci, à l’approche du Mondial, je le sollicitais pour intégrer notre rédaction et lui proposais en plus une rubrique dont l’objectif était de couvrir l’émission de Botola TV le lundi
et le jeudi, avec comme titre : «La Loupe». Mohamed a accepté avec joie et je l’invitais également (naïvement peut-être !!!) à venir dès que possible visiter notre nouveau studio.
Il avait rejoint la corporation en 1990 et notre première rencontre fut en Angola pour la CAN-2010, où il couvrait le tournoi pour le compte du Soir d’Algérie. Au centre de presse de Luanda, je consultais régulièrement les médias des envoyés spéciaux algériens et j’étais séduit tout de suite par la qualité de ses articles qui respiraient la compétence et le sérieux. Incontestablement les meilleurs de toutes les autres pages sportives des médias. Il n’aura pourtant eu aucune reconnaissance.
À l’annonce de sa mort, le site Footafrique. com et Botola.dz lui ont rendu un hommage appuyé, le qualifiant de «journaliste chevronné qui a marqué de son empreinte le paysage médiatique sportif algérien (…) Il s’est distingué par son professionnalisme exemplaire, sa plume singulière et la pertinence de ses analyses (…)». Cela lui a valu bien des invectives de la part d’une personne belliqueuse et dépourvue de véritable stature que la corporation a surnommée, pour l’Histoire, le « Fuyard de Franceville».
Fort du soutien des autorités sportives de l’époque, cette personne n’avait comme argument que les menaces pour le harceler, notamment par des textos, allant jusqu’à porter atteinte à la dignité de sa famille. Mohamed en a été marqué, mais grâce au soutien de la direction du Soir d’Algérie, il n’a jamais changé de cap, persuadé que le football professionnel allait à la catastrophe. C’était son combat et il l’a gagné, avec d’autres confrères, quand bien même l’Histoire bégaie et réserve parfois des surprises.
Le jour de notre dernier coup de fil, il y a trois semaines, Mohamed m’avait bien dit : «… pas pour longtemps», comme un adieu, mais je n’avais pas compris le message. Il n’avait que 60 ans.
– AHMED BESSOL LAHOUARI
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